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RDC – Inspection Générale Du Travail : Les Agents Accusent Doudou Fwamba De Bloquer L’intégration De 100 % De Leur Barème Salarial.

Une réforme salariale au cœur d’un bras de fer gouvernemental


En République démocratique du Congo, la tension monte au sein de l’Inspection générale du travail (IGT). Les inspecteurs du travail, les contrôleurs du travail et les agents administratifs dénoncent ce qu’ils considèrent comme un blocage injustifié de l’intégration de 100 % de leur barème salarial dans le système de paie régulière de l’État.


Au centre de leurs accusations figure le ministre des Finances, Doudou Fwamba, auquel ils reprochent de ne pas avoir rendu disponibles les ressources financières nécessaires à l'exécution d'une instruction attribuée au président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, lors du 94ᵉ Conseil des ministres.


Pour ces agents, il ne s’agit plus simplement d’une revendication salariale, mais d’une question de respect des engagements gouvernementaux et de crédibilité de l’autorité de l’État.


Le ministère du Budget aurait transmis une proposition restée sans suite


Selon les informations communiquées par les représentants des agents, le cabinet du vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito, aurait engagé des démarches visant à concrétiser leur intégration à la paie régulière à hauteur de 100 % du barème revendiqué.


Les agents affirment que le dossier aurait rencontré des résistances au niveau du ministère des Finances, notamment concernant la mise à disposition de l’enveloppe budgétaire correspondante.


Ils estiment que cette situation compromet l’application de la mesure attendue au quatrième trimestre 2026.


Toutefois, les accusations visant personnellement Doudou Fwamba doivent être distinguées des faits administratifs établis. La réalité d’un éventuel refus, ses motivations et l’état exact des échanges entre les deux ministères nécessitent des confirmations documentaires et une réaction officielle du ministère des Finances.


Cette distinction est essentielle pour déterminer si le retard résulte d’un arbitrage budgétaire, d’une difficulté de trésorerie, d’une procédure administrative inachevée ou d’une décision politique contestée.


Les agents dénoncent une campagne de désinformation


Au-delà de la question salariale, les agents de l’IGT dénoncent certaines publications diffusées sur les réseaux sociaux et dans des médias, qu’ils accusent de chercher à discréditer leur mouvement revendicatif.


Selon eux, ces interventions détourneraient l’attention de l’enjeu principal : l’application effective des engagements pris en faveur du personnel chargé de faire respecter la législation du travail.


Ils s’interrogent également sur ce qu’ils perçoivent comme une contradiction politique : comment un membre du gouvernement, appartenant à la famille politique du Chef de l’État, pourrait-il être soupçonné d'entraver une instruction présidentielle ?


Cependant, l’appartenance politique d’un ministre ne constitue pas, en elle-même, une preuve de responsabilité dans un blocage administratif. C’est sur la base des actes, des documents budgétaires et des décisions effectivement prises que les responsabilités devront être établies.


Ce que révèlent les recherches : une instruction présidentielle confirmée


L'examen du compte rendu officiel du 94ᵉ Conseil des ministres, tenu le 10 juillet 2026, confirme que Félix Tshisekedi a effectivement ordonné l'accélération de la réforme de l'Inspection générale du travail.


Le Chef de l'État a notamment demandé au gouvernement de garantir une rémunération conforme au statut des inspecteurs et contrôleurs du travail, ainsi que la mensualisation régulière de leurs avantages.


En revanche, le compte rendu public ne mentionne pas explicitement l'intégration de 100 % du barème au quatrième trimestre. Cette précision relève des revendications des agents et des modalités d'exécution annoncées ultérieurement.


Le 30 juillet 2026, à l'issue d'une rencontre avec Adolphe Muzito, Jean-Paul Yamabo, président du comité de suivi de la paie à l'IGT, avait annoncé la programmation de l'intégration des agents à la paie de l'État au quatrième trimestre 2026. Cette mesure devait concerner quelque 2 508 agents.


Autre élément important : selon une publication du 9 octobre, Doudou Fwamba conteste les accusations de blocage et évoque une intégration à la paie au quatrième trimestre 2026, suivie d'une revalorisation progressive de la grille salariale dans le cadre du budget 2027.


Cette divergence entre l'exigence d'une application intégrale du barème et le calendrier de revalorisation présenté par le ministre constitue désormais le véritable point de friction.


Comment protéger les travailleurs lorsque leurs propres inspecteurs réclament leurs droits ?


Cette controverse dépasse largement les relations entre les ministères du Budget et des Finances.


L'Inspection générale du travail est chargée de veiller à l'application du Code du travail, de contrôler les conditions d'emploi, de prévenir les abus et de contribuer au règlement des conflits sociaux.


Comment cette institution peut-elle exercer pleinement son autorité auprès des employeurs lorsque ses propres agents dénoncent une précarité salariale persistante ?


L'enjeu est autant institutionnel que financier. Une inspection du travail insuffisamment dotée risque de perdre en efficacité, en indépendance opérationnelle et en capacité de contrôle.


Il convient néanmoins de distinguer trois opérations : l'intégration des agents au fichier de paie, la mensualisation effective de leurs rémunérations et l'application intégrale du barème revendiqué. Ces mesures sont liées, mais ne sont pas nécessairement identiques sur le plan budgétaire.


La clarification attendue doit donc porter sur le montant réellement retenu, les effectifs concernés, la disponibilité des crédits et les échéances de paiement.


Dans cette affaire, la responsabilité ne saurait être imputée à un seul ministre sans examen des décisions prises par l'ensemble des administrations compétentes.


Un appel solennel au président Félix Tshisekedi


Face aux incertitudes, les inspecteurs, contrôleurs et agents administratifs demandent l'implication personnelle du président de la République afin de garantir l'exécution des engagements annoncés.


Ils souhaitent notamment obtenir des garanties sur l'intégration de 100 % de leur barème salarial à la paie régulière dès le quatrième trimestre 2026.


Une concertation entre les ministères des Finances, du Budget, de la Fonction publique et de l'Emploi et du Travail apparaît indispensable pour lever les divergences et publier un calendrier d'exécution vérifiable.


L'autorité de l'État se mesure à l'exécution de ses décisions


Le dossier de l'Inspection générale du travail constitue un test de cohérence pour le gouvernement congolais.


Après les instructions présidentielles du 10 juillet et les assurances données à la fin du même mois, les agents attendent désormais des actes concrets.


Si des contraintes budgétaires justifient un étalement de la réforme, elles doivent être clairement expliquées. Si les ressources existent, leur mobilisation doit être accélérée. Et si des responsabilités administratives sont engagées, elles doivent être établies sur la base de faits vérifiables.


Car une réforme annoncée mais non exécutée risque de perdre toute crédibilité auprès de ses bénéficiaires.


La question fondamentale demeure : comment prétendre promouvoir le travail décent dans les entreprises lorsque les agents chargés de défendre ce principe peinent eux-mêmes à obtenir une rémunération régulière et conforme à leur statut ?


Le Travailleur