KINSHASA — Les déclarations de Fils Mukoko, cadre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et directeur général de la Régie d’assainissement de Kinshasa (RASKIN), suscitent des interrogations sur les moyens envisagés pour faire face à l’insécurité en République démocratique du Congo (RDC).
Lors d’une intervention mardi 20 octobre 2026, après une causerie morale organisée au siège de son parti, l’acteur politique a exprimé sa volonté de mobiliser davantage la population contre les groupes armés opérant dans l’Est du pays.
« Nous allons distribuer des armes même au terrain de football, dans des églises, pour combattre les ennemis de la paix, combattre les rebelles », a-t-il déclaré.
Une proposition qui soulève des questions de sécurité
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par la persistance du conflit armé dans l’Est de la RDC et les appels à renforcer la défense du territoire national.
Si la mobilisation contre les groupes armés constitue un enjeu majeur pour les autorités congolaises, l’idée d’une distribution d’armes dans des lieux fréquentés par les civils appelle toutefois des clarifications. Les églises et les terrains de football sont des espaces de rassemblement qui accueillent régulièrement des fidèles, des familles et des jeunes.
Une telle initiative soulève plusieurs questions : qui serait autorisé à recevoir ces armes ? Dans quel cadre légal seraient-elles distribuées ? Quelles mesures permettraient d’assurer leur contrôle et d’éviter qu’elles ne soient utilisées à des fins autres que celles annoncées ?
Ces interrogations sont d’autant plus importantes que la détention d’armes à feu par les civils est encadrée par la législation congolaise. En juillet 2026, la Commission nationale de contrôle des armes légères et de petit calibre et de réduction de la violence armée a rappelé que cette détention demeure interdite, sauf dérogation exceptionnelle prévue par la loi.
Un gouvernement restreint également proposé
Au cours de la même intervention, Fils Mukoko a plaidé pour la formation d’un gouvernement restreint, qu’il présente comme une réponse aux exigences de la situation sécuritaire et à la nécessité de concentrer l’action publique sur la guerre et la défense du territoire.
Il a également annoncé l’organisation prochaine d’un grand rassemblement devant l’ambassade de Belgique à Kinshasa, sans en préciser la date ni détailler les revendications de cette mobilisation.
Entre mobilisation patriotique et risques de dérive
Les propos de Fils Mukoko relancent le débat sur la place des civils dans la réponse à l’insécurité. La mobilisation citoyenne peut contribuer à la défense du pays, mais elle ne saurait se substituer à une politique de sécurité encadrée par la loi, placée sous la responsabilité des institutions compétentes et assortie de garanties pour les populations.
À ce stade, les déclarations rapportées ne permettent pas d’établir qu’une décision officielle du gouvernement congolais a été prise pour organiser une distribution d’armes dans les églises ou sur les terrains de football.
La distinction est essentielle : une proposition exprimée par un responsable politique ne constitue pas, à elle seule, une mesure gouvernementale adoptée.
La question demeure donc entière : comment renforcer la défense nationale sans exposer davantage les populations civiles aux conséquences de la circulation des armes ? Dans un contexte sécuritaire aussi sensible, la clarté des autorités, le respect de la loi et la protection des citoyens restent indispensables.
Le Travailleur
