KINSHASA — Le ministre d’État chargé de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, est sous pression à l’Assemblée nationale. À l’issue d’une question orale avec débat organisée le mercredi 21 octobre 2026, la députée nationale Hermione Bolumbe Bakando a annoncé son intention de déposer, ce jeudi 22 octobre, une motion de défiance contre le membre du gouvernement. Elle affirme avoir déjà recueilli les signatures de plusieurs collègues.
Des réponses jugées insatisfaisantes
Au terme des échanges en plénière, l’élue s’est dite insatisfaite des explications fournies par le ministre, estimant que ses préoccupations n’avaient pas reçu de réponses précises.
« Le ministre n’a répondu à aucune de mes préoccupations », a-t-elle dénoncé, reprochant à Muhindo Nzangi de ne pas avoir suffisamment éclairé les députés, malgré le report de la séance destiné à lui permettre de préparer ses réponses.
Au cœur de cette controverse figure la gestion du Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business (PEJAB), un programme soutenu par la Banque africaine de développement (BAD) et destiné à favoriser l’insertion économique des jeunes dans le secteur agricole.
L’initiative parlementaire vise notamment à obtenir des éclaircissements sur les ressources mobilisées, les dépenses effectuées et les résultats concrets du programme.
Des soupçons portant sur 57 millions de dollars
Pour justifier sa démarche, Hermione Bolumbe Bakando a évoqué l’existence d’une note du directeur de cabinet du chef de l’État qui aurait, selon elle, alerté le ministre sur un détournement présumé de 57 millions de dollars américains avant la tenue du débat parlementaire.
« Il faudrait que cette hémorragie s’arrête », a-t-elle lancé devant ses collègues.
Ces déclarations constituent des accusations qui doivent encore être étayées par des éléments vérifiables. À ce stade, les informations publiées sur la séance ne permettent pas de considérer le détournement allégué comme un fait judiciairement établi.
Par ailleurs, des informations relatives à la question parlementaire font état de 29,6 millions de dollars décaissés par la BAD pour le PEJAB, selon un rapport cité par la députée. Ce montant doit être distingué des 57 millions de dollars évoqués dans ses accusations : les éléments disponibles ne permettent pas d’établir précisément le lien entre les deux chiffres ni de conclure à l’existence d’un détournement.
Une motion qui ouvre une nouvelle étape parlementaire
En annonçant cette motion de défiance, la députée entend porter le dossier au-delà de la question orale avec débat. Elle affirme que plusieurs élus ont déjà signé le document et prévoit de le déposer auprès des instances compétentes de l’Assemblée nationale.
L’élue a également rappelé que Muhindo Nzangi est lui-même député national. À ses yeux, cette qualité devrait l’inciter à faire preuve d’exemplarité dans l’exercice de ses responsabilités publiques.
Toutefois, l’annonce d’une motion ne signifie pas que le ministre est automatiquement démis de ses fonctions. La suite dépendra du dépôt effectif du document et des étapes prévues par les règles parlementaires applicables.
La transparence, principal enjeu du dossier
Au-delà de la confrontation entre une députée et un membre du gouvernement, cette affaire soulève une question essentielle : quels résultats les financements destinés à l’entrepreneuriat agricole des jeunes ont-ils réellement produits en République démocratique du Congo ?
Le contrôle parlementaire doit permettre de confronter les montants annoncés aux dépenses justifiées, aux bénéficiaires effectivement accompagnés et aux entreprises agricoles créées ou renforcées.
La suite de cette affaire dépendra donc de la capacité des institutions à établir les faits sur la base de documents vérifiables. Si la motion est déposée, le débat ne devrait pas se limiter à la responsabilité politique du ministre : il devra aussi contribuer à clarifier la gestion des fonds et à déterminer si les objectifs du programme ont été atteints.
Pour les jeunes entrepreneurs agricoles, l’enjeu est concret : s’assurer que les ressources mobilisées en leur faveur se traduisent effectivement par des financements accessibles, des activités économiques viables et des emplois durables.
Le Travailleur
