https://letravailleur.net/backend/upload/profil/profil6adae19eaab1e_1792729502.jpeg

RDC : La SNEL Mise Sur Un Bateau-centrale De 134 MW Pour Réduire Le Déficit énergétique.

Une centrale flottante pour répondre à l’urgence énergétique


Face aux difficultés persistantes d’approvisionnement en électricité en République démocratique du Congo, la Société nationale d’électricité (SNEL) explore une nouvelle piste pour renforcer sa capacité de fourniture. Son directeur général, le professeur Teddy Lwamba, a effectué, le 19 octobre 2026, une visite d’inspection à Istanbul, en Turquie, à bord d’un bateau-centrale de 134 mégawatts appartenant à la société Karpowership.


Cette installation flottante, communément appelée Powership, devrait être acheminée vers Matadi, dans la province du Kongo Central, avant son raccordement au réseau électrique national.


L’objectif affiché est d’injecter rapidement une puissance supplémentaire dans le système électrique congolais, confronté depuis plusieurs années à une insuffisance de l’offre, à la vétusté de certaines infrastructures et aux difficultés de transport et de distribution de l’énergie.


Pour la direction de la SNEL, cette option constitue une réponse à court terme, en attendant la concrétisation des grands projets hydroélectriques susceptibles d’améliorer durablement l’approvisionnement du pays.


Pourquoi le choix d’un bateau-centrale ?


Contrairement à une centrale électrique classique, dont la construction peut nécessiter plusieurs années, un Powership est une installation de production d’électricité montée sur un navire spécialement équipé.


Une fois positionné dans un port disposant des infrastructures appropriées, le bateau peut produire de l’électricité et l’injecter dans le réseau terrestre, après la réalisation des raccordements techniques indispensables.


L’avantage principal de cette technologie réside dans sa rapidité potentielle de déploiement.


Avec une puissance annoncée de 134 MW, la centrale pourrait contribuer à réduire une partie du déficit énergétique, notamment dans les zones pouvant être alimentées à partir du réseau auquel elle sera raccordée.


Toutefois, cette puissance nominale ne garantit pas automatiquement une fourniture permanente de 134 MW. La production effective dépendra notamment de la disponibilité du combustible, des conditions d’exploitation et de la capacité du réseau à absorber et transporter l’énergie produite.


Des retombées attendues pour les ménages et les entreprises


Pour les consommateurs congolais, l’arrivée d’une capacité supplémentaire représente une perspective encourageante.


Dans plusieurs villes du pays, les interruptions répétées d’électricité perturbent quotidiennement les activités économiques et sociales. Les petites entreprises, les ateliers, les commerces, les établissements sanitaires et les ménages subissent directement les conséquences des délestages.


Une amélioration de la desserte pourrait réduire le recours aux groupes électrogènes, dont l’exploitation entraîne des dépenses importantes en carburant et en entretien.


Mais les bénéfices ne seront réellement perceptibles que si l’électricité produite à Matadi peut être acheminée efficacement vers les centres de consommation.


Le coût de l’électricité, une question incontournable


Au-delà de l’intérêt technique du projet, une interrogation majeure demeure : combien coûtera réellement cette électricité à la SNEL et, indirectement, aux consommateurs ?


Les centrales flottantes présentent l’avantage d’être rapidement mobilisables, mais leur exploitation peut entraîner des charges importantes, notamment lorsque la production dépend de combustibles importés.


Il importe donc de connaître les conditions financières de l’opération : durée du contrat, tarif du kilowattheure, modalités de paiement, approvisionnement en combustible et répartition des responsabilités entre la SNEL et son partenaire.


À ce stade, ces éléments ne figurent pas dans les informations communiquées sur la visite d’inspection.


La transparence sur ces paramètres sera essentielle pour apprécier la pertinence économique de cette solution.


Une réponse provisoire qui ne doit pas retarder les réformes


Le recours à un bateau-centrale illustre également les contradictions du secteur énergétique congolais.


La RDC dispose d’un potentiel hydroélectrique considérable, notamment grâce au fleuve Congo, mais une partie importante de sa population continue de vivre sans accès fiable à l’électricité.


Les difficultés ne concernent pas uniquement la production. Elles touchent également le transport, la distribution, l’entretien des équipements et les investissements nécessaires à la modernisation du réseau.


Dans ces conditions, l’injection de 134 MW supplémentaires pourrait atténuer certaines pénuries, sans résoudre à elle seule les problèmes structurels du secteur.


La réhabilitation des centrales existantes, le renforcement des lignes de transport, la modernisation des postes électriques et l’accélération des nouveaux projets énergétiques demeurent indispensables.


Une promesse à transformer en résultats


L’initiative engagée par la SNEL avec Karpowership pourrait constituer une avancée dans la recherche de solutions rapides au déficit énergétique congolais.


Cependant, entre l’inspection d’un navire en Turquie et l’amélioration effective de la desserte électrique en RDC, plusieurs étapes décisives restent à franchir : son acheminement vers Matadi, les autorisations nécessaires, son raccordement au réseau et sa mise en exploitation.


Le véritable succès de cette opération ne se mesurera donc pas aux 134 mégawatts annoncés, mais à la quantité d’électricité effectivement livrée, à son coût et à la réduction observable des délestages.


Pour les Congolais, l’enjeu n’est pas simplement de disposer d’une nouvelle centrale, mais de bénéficier enfin d’un courant électrique régulier, accessible et capable de soutenir le développement économique du pays.


Le Travailleur