Une opposition à la croisée des chemins
La République démocratique du Congo traverse une nouvelle phase de turbulences politiques. Alors que la majorité présidentielle relance le débat sur le référendum, l'ancien président Joseph Kabila bouleverse l'échiquier national en prenant la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), une coalition politico-militaire associée à l'AFC/M23.
Entre ces deux dynamiques, la Coalition Article 64 (C64), réunissant cinq grandes figures de l'opposition congolaise, se retrouve confrontée à un choix stratégique majeur : comment combattre politiquement le pouvoir de Félix Tshisekedi sans être assimilée à une entreprise de déstabilisation armée ?
Cette interrogation, également soulevée, dépasse les rivalités personnelles. Elle touche directement à l'avenir de l'opposition républicaine et à la préservation de l'ordre constitutionnel.
Le référendum, nouveau foyer de confrontation politique
Ce vendredi 23 octobre 2026, l'Assemblée nationale a inscrit à son ordre du jour la nouvelle délibération de la proposition de loi fixant les conditions d'organisation du référendum.
Cette initiative parlementaire intervient alors que l'opposition soupçonne la majorité présidentielle de préparer le terrain à une éventuelle modification de la Constitution.
Il convient néanmoins de distinguer deux réalités : l'adoption d'une loi encadrant le référendum ne signifie pas automatiquement qu'une révision constitutionnelle est décidée.
Cependant, dans un climat de méfiance politique, cette distinction juridique peine à rassurer les adversaires d'un changement constitutionnel.
Pour la C64, la défense de la Constitution constitue précisément l'un des principaux fondements de son engagement politique.
Joseph Kabila, un facteur de division supplémentaire
L'annonce, le 12 octobre à Goma, de la création du FRN sous la direction de Joseph Kabila a profondément modifié les rapports de force.
L'ancien président se retrouve désormais à la tête d'une coalition comprenant des responsables de l'AFC/M23, engagée dans le conflit armé dans l'Est du pays.
Cette évolution place la C64 dans une situation particulièrement délicate.
D'un côté, plusieurs de ses dirigeants réclament un dialogue national inclusif susceptible de contribuer à la résolution de la crise. De l'autre, l'engagement de Joseph Kabila dans une coalition politico-militaire soulève une question fondamentale : jusqu'où peut aller l'inclusivité sans compromettre le principe de la conquête démocratique du pouvoir ?
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a publiquement invité les responsables de la C64 à clarifier leur position vis-à-vis de l'ancien chef de l'État.
Cette interpellation constitue également une manœuvre politique susceptible de placer l'opposition sur la défensive.
La C64 refuse toute assimilation au FRN
Contrairement aux interprétations présentant la coalition comme silencieuse ou embarrassée, la C64 a apporté des précisions le 20 octobre.
Elle a rejeté toute assimilation de sa prochaine rencontre à une éventuelle alliance avec le mouvement de Joseph Kabila et réaffirmé son attachement à l'ordre constitutionnel.
Ce vendredi 23 octobre, Augustin Matata Ponyo a également déclaré, dans une interview accordée à RFI, que la coalition n'était nullement embarrassée par la situation.
Ces déclarations constituent une première clarification. Elles ne dissipent toutefois pas entièrement les interrogations sur la stratégie collective que les cinq dirigeants entendent adopter.
Rome, le rendez-vous de vérité
Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Augustin Matata Ponyo préparent une rencontre en présentiel à Rome, annoncée pour les prochains jours.
Ce rendez-vous devrait permettre d'harmoniser leurs positions sur la question constitutionnelle, le dialogue national, la crise sécuritaire et les perspectives d'action politique.
La coalition a néanmoins précisé que ses orientations stratégiques doivent être validées par ses instances compétentes, notamment la Conférence des présidents.
La rencontre de Rome pourrait donc marquer une étape décisive sans nécessairement constituer l'aboutissement de toutes les décisions.
La C64 doit construire une troisième voie
L'enjeu fondamental pour la C64 consiste à éviter que le débat politique congolais soit réduit à une confrontation entre le pouvoir présidentiel et la coalition rebelle dirigée par Joseph Kabila.
Une démocratie ne peut durablement fonctionner si toute contestation du gouvernement est assimilée à une complicité avec la rébellion. Inversement, l'opposition ne saurait défendre la Constitution tout en entretenant une ambiguïté sur le recours aux armes.
Pour préserver sa crédibilité, la C64 gagnerait à affirmer clairement trois principes : le refus de toute conquête militaire du pouvoir, la défense des libertés démocratiques et l'exigence d'un dialogue national crédible.
Mais sa véritable difficulté reste politique. Ses cinq dirigeants possèdent des trajectoires, des ambitions et des bases électorales différentes. Leur capacité à transformer une opposition commune au pouvoir en projet cohérent pour le pays demeure à démontrer.
L'opposition doit également apporter des réponses aux préoccupations quotidiennes des Congolais : insécurité, chômage, pouvoir d'achat, corruption, gouvernance et dégradation des services publics.
Car une coalition qui se limite à dénoncer le pouvoir risque de laisser le terrain politique à ceux qui proposent des solutions, même contestables.
Au-delà de Tshisekedi et Kabila, quel avenir pour la République ?
La C64 se trouve devant une responsabilité historique : démontrer qu'il existe, en République démocratique du Congo, une alternative politique capable de défendre les institutions sans cautionner la violence.
Le pouvoir, de son côté, doit garantir un espace démocratique permettant à l'opposition de s'exprimer et de participer librement à la compétition politique.
Quant aux acteurs engagés dans la lutte armée, ils doivent mesurer les conséquences humaines et nationales de la poursuite du conflit.
Le véritable défi de la C64 n'est donc pas seulement de choisir sa position face à Félix Tshisekedi ou Joseph Kabila. Il est de convaincre les Congolais qu'une troisième voie, démocratique, constitutionnelle et pacifique, demeure possible.
À Rome, les cinq dirigeants ne seront pas simplement attendus sur une déclaration politique. Ils seront jugés sur leur capacité à présenter une vision commune pour l'avenir du Congo.
Le Travailleur — La voix des travailleurs et de la société congolaise.
