Kinshasa, 26 octobre 2026 — Le débat autour de l’organisation du référendum en République démocratique du Congo prend une nouvelle dimension politique. Le sénateur Salomon Kalonda Della Idi relance son opposition à la proposition de loi référendaire et interpelle directement le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le Sénat et l'opinion publique.
Dans une nouvelle déclaration faisant suite à la séance de l’Assemblée nationale du vendredi 23 octobre 2026, l'élu rappelle sa lettre ouverte du 15 juin dernier, dans laquelle il dénonçait déjà une initiative susceptible, selon lui, de fragiliser les acquis démocratiques du pays.
Une loi controversée au cœur des tensions politiques
Selon le sénateur, l’Assemblée nationale a de nouveau adopté le texte après son renvoi par le chef de l’État et la prise en compte de treize réserves d’interprétation de la Cour constitutionnelle.
Salomon Kalonda déplore particulièrement l’absence de l’opposition lors de cette adoption. À ses yeux, une loi touchant aux mécanismes fondamentaux de la démocratie ne devrait pas être adoptée sans un consensus politique suffisamment large.
Il estime que les corrections apportées au texte ne dissipent pas ses inquiétudes quant à sa finalité.
« Corriger la forme ne guérit pas le fond », affirme-t-il, soupçonnant cette initiative de préparer une modification de la Constitution du 18 février 2006, susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel.
Il convient néanmoins de distinguer la portée juridique du texte de l’interprétation politique qu’en fait le sénateur : une loi organisant les conditions du référendum ne modifie pas, à elle seule, la Constitution.
Le Sénat placé devant ses responsabilités
Dans son intervention, Salomon Kalonda adresse un appel solennel à ses collègues sénateurs, appelés à examiner le texte en seconde lecture.
Il considère que la Chambre haute doit jouer pleinement son rôle institutionnel et éviter de se transformer en simple chambre d’enregistrement des décisions prises par l’Assemblée nationale.
Cette interpellation intervient dans un contexte où les équilibres politiques entre majorité et opposition demeurent particulièrement sensibles.
Pour le sénateur, l’enjeu dépasse les appartenances partisanes : il concerne la crédibilité des institutions, la stabilité du pays et la confiance des citoyens dans l’ordre constitutionnel.
Félix Tshisekedi interpellé sur l’héritage démocratique
Salomon Kalonda s’adresse également au président de la République en invoquant l’héritage politique de son père, Étienne Tshisekedi wa Mulumba, figure historique de la lutte pour la démocratie et le multipartisme.
Il rappelle que plusieurs générations de responsables politiques congolais se sont opposées à la concentration du pouvoir et à la remise en cause des principes démocratiques.
Dans sa lettre ouverte du 15 juin, le sénateur qualifiait déjà le projet de « faute historique », estimant que les priorités nationales devraient être orientées vers la sécurité, la paix et la reconstruction du pays.
Il insiste notamment sur la situation humanitaire dans l’Est de la RDC, où les conflits armés continuent de provoquer des déplacements massifs de populations.
À ses yeux, engager une controverse constitutionnelle dans ces circonstances risque d’accentuer les fractures politiques et sociales.
L'article 220 face à la question du pouvoir constituant
L'examen du texte soulève une question juridique majeure : jusqu'où peut aller le pouvoir du peuple lorsqu'il est appelé à se prononcer par référendum ?
L'article 220 de la Constitution interdit expressément toute révision portant notamment sur le nombre et la durée des mandats présidentiels. L'article 218 encadre, quant à lui, la procédure de révision constitutionnelle.
Toutefois, selon plusieurs comptes rendus du texte adopté, la nouvelle loi permettrait également de consulter directement le peuple sur l'adoption d'une nouvelle Constitution, en s'appuyant sur l'article 5 et la jurisprudence de la Cour constitutionnelle.
C'est précisément cette distinction entre révision constitutionnelle et adoption d'une nouvelle Constitution qui nourrit les inquiétudes de l'opposition.
Pour les défenseurs de cette approche, la souveraineté populaire constitue le fondement du pouvoir constituant. Pour ses détracteurs, elle pourrait devenir un moyen de contourner les dispositions protégées par l'article 220.
L'existence de cette controverse ne démontre cependant pas, à elle seule, qu'un troisième mandat présidentiel est officiellement envisagé.
Un vote massif, mais un consensus politique absent
Les chiffres officiels illustrent le paradoxe politique entourant cette adoption : sur 347 députés ayant participé au vote du 23 octobre, 346 ont voté pour, aucun contre et un s'est abstenu.
Cette majorité écrasante traduit une forte adhésion parmi les députés présents, mais le boycott de l'opposition pose la question de la représentativité politique du processus.
La légalité d'un vote parlementaire et sa légitimité politique ne se confondent pas nécessairement. Une réforme touchant aux fondements institutionnels du pays gagne à bénéficier d'un débat contradictoire et d'une large adhésion nationale.
Un test pour la démocratie congolaise
En interpellant le Sénat, Salomon Kalonda place la Chambre haute devant une responsabilité qui dépasse le seul examen technique d'une loi.
Le véritable enjeu réside désormais dans la capacité des institutions à garantir que toute consultation populaire respecte les principes démocratiques et ne devienne pas un instrument de prolongation du pouvoir.
Alors que la RDC demeure confrontée à une grave crise sécuritaire et humanitaire, le débat constitutionnel exige transparence, rigueur juridique et responsabilité politique.
Pour Le Travailleur, la question fondamentale n'est pas seulement de savoir si le peuple peut être consulté, mais de déterminer quelles garanties protégeront durablement sa souveraineté, l'alternance démocratique et la stabilité des institutions.
Le Sénat dispose ainsi d'une occasion de démontrer que le contrôle parlementaire conserve toute sa portée, même lorsque les rapports de force politiques paraissent largement établis.
Le Travailleur
