Assise (Italie), 26 octobre 2026. Le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque métropolitain de Kinshasa, a lancé un avertissement aux responsables politiques congolais sur les risques d'un enlisement du processus de paix. Intervenant lundi à Assise, lors de la rencontre internationale organisée par la Communauté de Sant'Egidio, le prélat a regretté que les perspectives d'un dialogue national inclusif soient compromises par des conditions préalables et des exclusions.
Cette rencontre interreligieuse, organisée quarante ans après la journée historique de prière pour la paix convoquée en 1986 par le pape Jean-Paul II, constitue une tribune internationale pour les responsables religieux engagés dans la résolution des conflits.
« Sans dialogue, il n'y aura pas de paix »
Dans une intervention au ton ferme, le cardinal Ambongo a dénoncé les obstacles politiques qui, selon lui, empêchent les Congolais de se retrouver autour d'une même table.
« Aujourd'hui, pourtant, ce dialogue est bloqué. On pose des préalables, on trace des lignes rouges, on décide à l'avance qui pourra s'asseoir à la table et qui en sera exclu », a-t-il déclaré.
Reconnaissant les souffrances des populations victimes des violences armées, l'archevêque de Kinshasa a néanmoins insisté sur la nécessité de dépasser les divisions pour rechercher une solution politique durable.
« Sans dialogue, il n'y aura pas de paix », a-t-il averti, estimant que la seule réponse militaire ne permettrait pas de mettre fin aux conflits qui déchirent l'Est de la République démocratique du Congo.
Pour le cardinal, la recherche de la paix exige de parler également avec les acteurs impliqués dans les affrontements, aussi difficiles que puissent être ces discussions.
Une interpellation dans un contexte politique sensible
Cette prise de position intervient alors que le débat sur l'organisation du dialogue national continue de diviser la classe politique congolaise.
D'un côté, les autorités privilégient la défense de la souveraineté nationale, la restauration de l'autorité de l'État et la recherche de garanties sécuritaires. De l'autre, plusieurs acteurs politiques et religieux estiment qu'une paix durable nécessite une concertation élargie, capable de traiter les causes profondes des crises politiques et sécuritaires.
La question de la participation des groupes armés demeure particulièrement délicate. Elle oppose les impératifs de justice et de sécurité à la nécessité de négocier les conditions d'une cessation durable des hostilités.
L'appel du cardinal Ambongo soulève ainsi une interrogation fondamentale : comment construire un dialogue véritablement inclusif sans compromettre la responsabilité des auteurs présumés de crimes graves ni légitimer le recours aux armes comme moyen de pression politique ?
Les minerais au cœur de la guerre
Au-delà des responsabilités politiques internes, le cardinal Ambongo a également interpellé la communauté internationale sur l'exploitation et le commerce des ressources minières dans les zones de conflit.
Pour l'archevêque de Kinshasa, la paix ne pourra être durable si les circuits économiques qui contribuent au financement des violences continuent de fonctionner dans l'impunité.
Cette dimension économique rappelle que la crise dans l'Est de la RDC dépasse les seules rivalités militaires. Elle implique également des enjeux régionaux, des intérêts commerciaux et des mécanismes de contrôle des ressources naturelles.
Le Pacte social CENCO-ECC remis au centre du débat
Dans son discours, le cardinal Ambongo a rappelé l'initiative du « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble », portée conjointement par l'Église catholique et l'Église du Christ au Congo (ECC).
Il a précisé que cette initiative ne constitue pas un programme politique, mais une méthode destinée à restaurer la confiance, à écouter les différentes parties et à reconstruire la cohésion nationale.
Le prélat a également cité l'accord de paix conclu au Mozambique en 1992, sous la médiation de Sant'Egidio, comme exemple d'une négociation ayant permis de mettre fin à seize années de guerre civile.
Ces éléments figurent dans le discours officiel publié par les organisateurs de la rencontre.
Un avertissement politique adressé à Kinshasa
Au-delà de sa dimension religieuse, l'intervention du cardinal Ambongo apparaît comme une interpellation directe de la classe dirigeante congolaise.
En dénonçant les exclusions et les préalables, l'archevêque remet en question la possibilité d'aboutir à une paix durable lorsque les principaux protagonistes d'un conflit restent en dehors du processus de négociation.
Mais cette approche pose également une exigence : le dialogue ne doit pas devenir un instrument d'impunité. La recherche d'un compromis politique doit rester compatible avec la justice, le respect de la Constitution et la protection des populations civiles.
L'enjeu central n'est donc pas seulement de réunir les acteurs politiques autour d'une table, mais de définir un cadre crédible, des garanties de participation, un calendrier et des engagements vérifiables.
La véritable question est désormais de savoir si les autorités congolaises et les autres protagonistes de la crise accepteront de transformer les appels au dialogue en un processus politique concret.
Car après plusieurs décennies de violences, les populations de l'Est de la RDC attendent davantage que des déclarations de principe : elles réclament la sécurité, la justice, le retour des déplacés et une paix qui résiste aux changements de rapports de force.
Le Travailleur
