Kinshasa, vendredi 30 octobre 2026
L'affaire Prince Epenge prend une nouvelle dimension politique en République démocratique du Congo. Lors d'une conférence de presse tenue ce vendredi 30 octobre à Kinshasa, le secrétaire général de l'Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé), parti de Martin Fayulu, a directement mis en cause Augustin Kabuya, secrétaire général de l'UDPS, dans la détention du porte-parole de Lamuka.
« Prince Epenge aujourd’hui, est le prisonnier personnel de MR Augustin Kabuya et sa bande. L’objectif principal visé par Augustin Kabuya, c’est d’effacer les traces des crimes qui ont été commis par la bande d’un certain Muselu. »
Ces accusations particulièrement graves n'ont, à ce stade, pas été établies par une décision judiciaire. Elles constituent la position politique exprimée par l'ECiDé et appellent une réponse des personnes mises en cause.
Une arrestation sur fond de violences politiques
Pour comprendre cette nouvelle escalade verbale, il faut revenir aux événements du 15 septembre 2026, lorsque la manifestation organisée à Kinshasa par la Coalition Article 64 (C64) avait été marquée par des violences.
Manassé Lomboto, présenté comme un responsable de la sécurité du parti de Prince Epenge, avait trouvé la mort à la suite de ces événements. L'opposition attribue les violences à des éléments de la « Force du progrès », un groupe associé à l'UDPS. Les responsabilités individuelles et les circonstances exactes du décès restent cependant à établir par une enquête indépendante.
Le 25 octobre, Prince Epenge a été interpellé à l'aéroport international de N'Djili alors qu'il devait rejoindre Rome pour participer aux travaux de la C64.
Après son passage au Conseil national de cyberdéfense, il a été transféré au parquet près le Tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe, où il a été placé sous mandat d'arrêt provisoire le 27 octobre.
Selon les informations, il serait poursuivi pour propagation de faux bruits en rapport avec ses déclarations sur la mort de Manassé Lomboto.
Augustin Kabuya au centre des accusations
La déclaration de ce vendredi ne constitue pas la première mise en cause du secrétaire général de l'UDPS.
Le 14 octobre, l'ADD Congo avait déjà accusé Augustin Kabuya d'avoir rencontré discrètement des membres de la famille biologique de Manassé Lomboto, alors que l'enquête judiciaire sur son décès était toujours attendue.
Le parti avait évoqué des soupçons de pressions et de tentative d'influence sur la famille de la victime, sans que ces allégations soient judiciairement démontrées.
La nouvelle sortie de l'ECiDé s'inscrit donc dans une confrontation politique et judiciaire qui dépasse désormais la seule situation personnelle de Prince Epenge.
Deux affaires que la justice doit examiner sans confusion
Au-delà des déclarations politiques, cette affaire soulève une question fondamentale : pourquoi les circonstances de la mort de Manassé Lomboto demeurent-elles contestées alors que l'un des responsables politiques réclamant des éclaircissements se retrouve lui-même poursuivi ?
Deux dossiers doivent être distingués : d'une part, l'enquête sur les violences du 15 septembre et la mort de Manassé Lomboto ; d'autre part, la procédure engagée contre Prince Epenge pour ses déclarations présumées.
L'existence de poursuites contre un opposant ne démontre pas, à elle seule, une instrumentalisation de la justice. Mais elle impose aux autorités judiciaires une exigence particulière de transparence, de respect des droits de la défense et d'impartialité.
Martin Fayulu a d'ailleurs dénoncé une « justice à deux vitesses » et demandé que les responsabilités pénales dans la mort de Manassé Lomboto soient établies sans pression politique.
Les avocats de Prince Epenge ont, de leur côté, introduit une demande de mise en liberté provisoire. Son issue n'était pas encore confirmée dans les dernières informations consultées.
Un test pour l'État de droit et le dialogue national
Cette controverse intervient dans un contexte où la perspective d'un dialogue national inclusif est régulièrement évoquée pour apaiser les tensions politiques et sécuritaires en RDC.
Or, la multiplication des accusations entre responsables de la majorité et de l'opposition risque de compliquer davantage la recherche d'un climat de confiance.
L'enjeu essentiel dépasse les rivalités entre Augustin Kabuya et les dirigeants de Lamuka. Il s'agit de déterminer si la justice congolaise peut établir les faits, protéger les droits des personnes poursuivies et identifier les éventuels responsables des violences, indépendamment de leur appartenance politique.
La vérité sur la mort de Manassé Lomboto et le respect des droits de Prince Epenge ne devraient pas être des exigences concurrentes. Elles relèvent d'un même impératif : celui d'une justice indépendante, équitable et crédible.
Le Travailleur
