La Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, a annoncé le 17 avril 2025 le lancement de la phase pilote du deuxième recensement général de la population et de l’habitat (RGP2) en République démocratique du Congo. Cet événement représente une avancée importante vers une compréhension précise et actualisée de la population congolaise. Cependant, plusieurs obstacles, notamment des problèmes de financement, menacent la viabilité de ce projet. En effet, le pays fait face à des dépenses importantes liées à l’effort de guerre, ce qui compromet les ressources nécessaires. De plus, l’instabilité persistante dans l’est de la RDC nécessite des fonds supplémentaires. Dans ce contexte, il existe des craintes que ce projet ambitieux ne parvienne pas à se concrétiser.
La RDC fait face à une situation démographique complexe, avec une population estimée à plus de 90 millions d’habitants, mais sans données fiables pour évaluer les besoins et les caractéristiques de cette population. Le dernier recensement remonte à 1984, ce qui rend difficile toute planification des politiques publiques. La connaissance de la population est essentielle pour orienter les investissements dans les infrastructures, la santé, et l’éducation, entre autres domaines.
Risques financiers
Le gouvernement a déjà signalé un manque de ressources financières comme un obstacle majeur à la réalisation du RGP2. Ce manque de fonds soulève des inquiétudes sur la capacité à mener à bien le recensement jusqu’à son terme en juin, puis à étendre les travaux cartographiques sur l’ensemble du territoire. Le risque est réel : sans un soutien financier adéquat, le projet pourrait être stoppé, laissant le pays une fois de plus sans données fiables.
Le recours à des méthodes numériques pour ce recensement représente une avancée significative par rapport aux pratiques antérieures. La numérisation peut améliorer l’efficacité et la précision des données recueillies. Cependant, elle nécessite également des investissements dans la technologie et la formation des agents recenseurs. Il est impératif que ces aspects soient pris en compte pour que la transition vers un système numérique se fasse sans heurts.
Le lancement du RGP2 est une opportunité unique pour la RDC de rectifier le tir en matière de données démographiques. Toutefois, pour qu’il soit couronné de succès, un engagement fort de la part du gouvernement et des partenaires internationaux est essentiel. La mobilisation de ressources financières adéquates doit être une priorité afin d’assurer la continuité et l’efficacité de ce projet vital. Sans cela, la RDC risque de continuer à naviguer dans l’incertitude, sans les données nécessaires pour bâtir un avenir prospère et durable pour sa population.
Deuxième recensement général en rdcJudithSuminwaSurmonter les obstacles financiers
L’entreprise Traxys, géant luxembourgeois du commerce de matières premières, est accusé d’acheter auprès du Rwanda un coltan de conflit pillé en République démocratique du Congo et acheminé en Europe via le Rwanda. Ce qui justifie l’opposition de Luxembourg aux sanctions prises par l’Union européenne contre le régime de Paul Kagame.
L’ONG internationale, Global Witness, révèle que Traxys a acquis 280 tonnes de coltan en 2024 auprès d’African Panther Resources Limited, un exportateur rwandais. Des données douanières et les témoignages de deux contrebandiers confirment qu’une part significative de ce coltan provient du site de Rubaya, une région de la RDC sous le contrôle des rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) associés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) de Corneille Nangaa, soutenus par le Rwanda.
Ce coltan, essentiel aux nouvelles technologies, notamment dans la fabrication de téléphones portables, d’ordinateurs et de véhicules électriques, est extrait avec une rare violence en RDC. Les rebelles du M23, qui contrôlent désormais une grande partie des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, gagneraient environ 800 000 dollars par mois grâce à ce commerce illicite, notamment via une taxe de 15 % imposée aux contrebandiers, selon un des rapports du groupe d’experts des Nations unies. D’après Global Witness, les exportations rwandaises de coltan ont doublé entre 2021, avec 1 000 tonnes, et 2023, atteignant 2 000 tonnes. Et le Rwanda a enregistré un record de 630 tonnes uniquement au premier trimestre 2024. Ces volumes, bien supérieurs à la capacité de production rwandaise, trahissent en effet un trafic massif de minerais pillés en RDC. Traxys, principal client d’African Panther, se trouve au centre d’une chaîne d’approvisionnement entachée par le conflit sanglant dans l’Est de la RDC. Mais le géant luxembourgeois a démenti tout lien avec le financement du M23 tout en réfutant le fait que son coltan provienne des zones de conflit en RDC. La société a expliqué avoir mis en place des mesures de diligence raisonnable pour s'assurer que ses matières premières ne sont pas issues de zones de conflit. Mais cette explication est battue en brèche par des faits révélés par ces organisations internationales dont Global Witness. D’ailleurs, des experts de l’ONU avaient démontré que le coltan introduit au Rwanda provient en grande partie de la région de Rubaya, contrôlée par le M23. Le Luxembourg, siège de Traxys, fait face à une salve de critiques pour son obstruction aux sanctions européennes contre le Rwanda. En février 2025, plusieurs sources ont rapporté que le Grand-Duché avait retardé l’adoption de mesures visant des leaders du M23 et des officiers rwandais. Cette position a provoqué une indignation telle que le Parlement luxembourgeois a voté à l’unanimité une motion exigeant des sanctions contre Kigali. Le ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel, qui avait opposé son veto au sujet du projet de sanctions contre le Rwanda au niveau de l’Union européenne, avait été convoqué au parlement de son pays pour s’expliquer. Face à cette grave collusion, l’organisation Global Witness appelle l'Union européenne à annuler son partenariat stratégique avec le Rwanda et à suspendre son aide au développement jusqu'à ce que le pays des « Mille collines » retire ses troupes de la RDC et cesse tout soutien aux rebelles du M23.
Given Muy
