La remise en état de la tombe de Bavon Marie-Marie, solo-guitariste de l’orchestre Négro-Succès, décédé accidentellement le 5 août 1970 à Kinshasa, dans la commune de Bandalungwa, au centre de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), a fait l’objet d’un plaidoyer de quelques acteurs culturels contactés mardi par l’ACP. « Siongo Bavon Marie-Marie avait fait la fierté de la gloire musicale de la Rrumba des années 60 et cela dans une carrière professionnelle richement commentée, avant un décès qui l’a conduit dans la tombe, qui a cédé aux caprices de l’écosystème, les champignons verdâtres, cloués les uns sur les autres aggravent sensiblement la beauté architecturale », a indiqué Franklin Mokho, chercheur en histoire contemporaine ajoutant qu’au regard des fissures, la tombe de cet auteur compositeur prolifique d’une rare inspiration, devait subir une remise en état à hauteur d’un hommage à « un grand gentleman de l’ambiance de l’art d’Orphée, et de la gloire seigneuriale ».Bavon Marie-Marie dont les chefs-d’œuvres sont vendus, revendus, enregistrés et dupliqués, est cette grande vedette plurielle d’hier, dont la tombe ne reflète plus aujourd’hui sa monumentalité artistique pourtant ses tubes musicales avaient bercé la jeunesse des années 60.
« Peut-être dans moins de dix ans, cette tombe sera désaffectée pour céder sa place à un autre locataire dont la famille éplorée pourrait s’en occuper », a déploré le chercheur. En mars 1970, les Editions Réveillon avaient publié un 33 tours signé Bavon Marie-Marie. L’album, au titre énigmatique « Maseke ya meme », contenait sept chansons, à savoir : Maseke ya meme, Bilamba mbongo ya nani et Nalimbisa Bijou, libanga na libumu et Nakata serment ya bolingo. La pochette rouge, marquée d’une étoile et de l’inscription Phonogram présentait Bavon Marie Marie et l’orchestre Negro Succès, dans une aura étrange qui a fait dire à un mauvais présage sur la vie de l’artiste.
Un destin brisé
En cette fraîche matinée de saison sèche équatoriale du 5 août 1970, la ville de Kinshasa, est réveillée en pleurs par un séisme dont les répliques ont secoué l’Afrique noire toute entière: Siongo Bavon Marie-Marie, solo-guitariste de l’orchestre Négro-Succès, prolixe auteur compositeur d’une rare inspiration, avait tiré sa révérence, à la fleur de l’âge. « Une machine à tubes venait de s’arrêter à jamais. Vouant au rang de mythe un artiste érigé en idole de son vivant, la mort vient de créer ce matin-là la parfaite légende homérique absente au récit de la cosmogonie musicale congolaise », a déclaré, pour sa part, Audifax BEMBA, expert en art musical. Pour sa prestance professionnelle, Bavon Marie-Marie arborait un look particulier. Naturellement clair de peau, il en est surdoué dans l’usage du make-up, se fait tresser les cheveux (sans lien quelconque avec des orientations LGBT), autant qu’il fait dans l’élégance, toujours dans l’air du temps et bien mis. Il est et demeure encore, à ce jour, l’idôle des jeunes que la musique congolaise moderne n’ait jamais connue. Une vraie légende. Parmi les dernières chansons enregistrées par Bavon Marie-Marie, figure le titre prémonitoire « Batéla mwana », comme un testament dans lequel il recommande à sa compagne Marie-Josée, de prendre soins de son fils, bébé Siongo après sa mort. Bavon Marie-Marie semblait au sommet de son art. Pourtant, derrière les mélodies suaves, un drame couvait. Né le 27 mai 1944, Siongo Bavon, surnommé « Bavon Marie-Marie », était un guitariste virtuose et un compositeur inspiré. Il apprend la guitare auprès de José Kayenge, qui jouait dans l’orchestre Jamel puis rejoint Cobantou aux côtés de Nedule Papa Noël. En 1964, grâce à l’insistance de son frère Franco, il intègre la nouvelle formation de l’orchestre Negro Succès, relancée par Léon Bombolo alias Bholen. Il y restera jusqu’à sa mort.
ACP/LT
