Sous couvert de « sécurité nationale », les États-Unis et la Chine s’arrachent le contrôle de TikTok. Mais derrière ce duel de géants, un fait dérangeant s’impose : les pays du Sud, utilisateurs massifs de la plateforme, n’ont aucun mot à dire sur leur propre avenir numérique.
Le prétexte de la sécurité nationale, à Madrid, après deux jours de discussions, Américains et Chinois ont annoncé un accord de principe sur l’avenir de TikTok. Washington exige depuis 2024 que l’application passe sous pavillon américain, sous peine d’interdiction. Officiellement, il s’agit d’empêcher Pékin d’accéder aux données des citoyens américains. En réalité, c’est l’algorithme le plus puissant de la jeunesse mondiale qui est convoité.
Une bataille pour l’influence, TikTok n’est pas qu’un réseau de vidéos courtes. Avec 170 millions d’utilisateurs aux États-Unis, il est devenu un levier politique et électoral. Donald Trump le sait : contrôler TikTok, c’est avoir la main sur une partie de l’opinion publique. Pékin, elle, refuse d’offrir à Washington ce trophée symbolique, tout en laissant la porte entrouverte à un compromis.
L’Afrique, grande oubliée
Ce bras de fer révèle une fracture criante : les pays du Sud, et particulièrement l’Afrique, sont absents des discussions. Pourtant, en RDC comme ailleurs, des millions de jeunes, d’artistes, de commerçants et de petites entreprises dépendent de TikTok pour exister, créer et vendre. Leur avenir numérique se joue dans des négociations où ils n’ont aucun siège.
Une question de souveraineté, ce qui se négocie aujourd’hui autour de TikTok, c’est plus que le destin d’une application. C’est la souveraineté numérique mondiale. Tant que l’Afrique restera simple spectatrice, ses citoyens verront leurs données, leurs voix et leurs opportunités économiques instrumentalisées par des puissances étrangères.
TikTok est devenu l’otage d’un duel impérial. Washington brandit la sécurité nationale, Pékin la souveraineté, mais les véritables perdants sont les peuples qui utilisent la plateforme sans pouvoir peser sur son avenir. L’Afrique doit entrer dans le débat et défendre sa place dans la gouvernance numérique mondiale. Car celui qui contrôle les réseaux, contrôle aussi les sociétés de demain.
