Entre règlement intérieur, rivalités politiques et enjeux institutionnels. La session ordinaire de septembre s’est ouverte sur un dossier explosif : la mise en cause de cinq membres du Bureau de l’Assemblée nationale, dont son président, Vital Kamerhe. Réunie le mercredi 17 septembre 2025, la deuxième plénière de la session a consacré l’essentiel de ses travaux à la création d’une commission spéciale et temporaire chargée d’examiner les pétitions visant ces hauts responsables. Sont concernés :
• Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale ;
• Jacques Djoli, rapporteur ;
• Dominique Munongo Inamuzi, rapporteure adjointe ;
• Chimène Polipoli, questeur ;
• Grâce Neema, questeure adjointe.
Une procédure à la fois juridique et politique. Convoquée sous la présidence du premier vice-président, le professeur Isaac Jean-Claude Tshilumbayi – non visé par les pétitions – la plénière a dû trancher plusieurs questions de procédure.
Deux débats majeurs ont cristallisé les échanges. Le premier portait sur la lecture en plénière des pétitions : fallait-il les rendre publiques avant leur examen ou les transmettre directement à la commission, comme le permet le Règlement intérieur ?
Le second a opposé les partisans d’une commission unique à ceux qui plaidaient pour des commissions distinctes, chaque pétition étant de nature individuelle.
À l’issue de vifs échanges, la plénière a décidé, conformément à l’article 31 du Règlement intérieur, de mettre en place une seule commission dotée d’un délai de 72 heures pour entendre les pétitionnaires, recueillir les moyens de défense et présenter un rapport.
Des priorités nationales en toile de fond. Si la tension politique était palpable, certains députés ont rappelé que les urgences sécuritaires dans l’Est du pays devraient primer sur les querelles internes. Ce rappel, loin d’être anodin, souligne le risque d’un Parlement absorbé par ses luttes de pouvoir au détriment des attentes des citoyens.
L’heure des auditions : Vital Kamerhe en première ligne.
Installée dès le lendemain, la commission présidée par le député Peter Kazadi a entamé ses travaux le vendredi 19 septembre. Après avoir entendu les députés pétitionnaires, elle a convoqué les principaux mis en cause, à commencer par Vital Kamerhe et Jacques Djoli.
Le président de l’Assemblée nationale s’est présenté dans une atmosphère qualifiée de « sereine » par plusieurs témoins, réaffirmant sa volonté de respecter le cadre légal et de garantir un processus « équitable et transparent ». L’audition, tenue à huis clos, n’a fait l’objet d’aucune fuite, mais Kamerhe aurait exposé une défense axée sur la gestion administrative et financière de l’institution.
Au-delà des accusations, cette procédure met à l’épreuve la capacité de l’Assemblée nationale à s’auto-réguler sans sombrer dans le règlement de comptes politiques.
Pour Vital Kamerhe, figure centrale du paysage politique congolais, l’enjeu dépasse sa seule présidence : il s’agit de préserver son image d’homme d’État respectueux des règles, alors même que ses adversaires voient dans ces pétitions l’occasion de fragiliser un acteur clé de la majorité.
Le rapport attendu de la commission dans un délai serré sera décisif. Il devra démontrer que le Parlement peut arbitrer ses propres crises dans le respect du droit, sans sacrifier l’intérêt supérieur de la Nation sur l’autel des ambitions personnelles.
BL
