À la veille de l’ouverture, ce mardi 30 septembre, de la session ordinaire de l’Assemblée provinciale de l’Équateur, la question de la sécurité sur les voies navigables s’impose comme un test majeur pour les élus provinciaux et pour l’exécutif local. Deux semaines après le naufrage tragique qui a coûté la vie à plus d’une centaine de personnes au confluent des rivières Nsolo et Baringa, aucune mesure concrète n’a été prise pour empêcher la répétition de telles catastrophes.
Fabien Mongunza Mangombe, président du cadre de concertation provinciale de la société civile, déplore « un silence coupable » des autorités. Dans une interview accordée à Radio Okapi, dimanche 28 septembre, il a dénoncé l’absence d’actions préventives, alors même que le chef de l’État Félix Tshisekedi, lors du conseil des ministres du 20 septembre, avait donné des instructions claires :
– interdiction de la navigation nocturne,
– fermeture des points d’embarquement clandestins,
– traçabilité obligatoire des embarcations,
– campagne nationale de sensibilisation et de port des gilets de sauvetage.
Le Président avait, en outre, ordonné au vice-Premier ministre en charge des Transports de dresser un état des lieux complet de la navigation fluviale et lacustre, afin de renforcer les contrôles et d’accélérer l’acquisition de bateaux modernes et sécurisés.
Un gouverneur sous le feu des critiques
Au-delà du gouvernement central, les regards se tournent désormais vers l’exécutif provincial. Des sources concordantes révèlent que le gouverneur de l’Équateur, Bobo Boloko Bolumbu, continue de nommer des commissaires fluviaux sans tenir compte de leurs compétences, une pratique qui compromet la surveillance des embarcations et fragilise les mécanismes de contrôle.
Pour la société civile, cette légèreté dans les nominations traduit un manque de volonté politique et appelle un recadrage urgent de la part des députés provinciaux, qui ouvrent leur session demain.
Parmi les recommandations phares, la limitation des départs de bateaux aux heures diurnes apparaît comme une mesure de bon sens, immédiatement applicable. Pourtant, sur le terrain, les embarcations continuent de naviguer de nuit, souvent surchargées et dépourvues d’équipements de sauvetage, exposant des centaines de passagers – en majorité des écoliers et des commerçants – à des risques mortels.
Un défi de gouvernance
Ces naufrages récurrents sur le fleuve Congo, les rivières et les lacs de la RDC ne sont pas de simples accidents : ils traduisent les failles structurelles d’un secteur stratégique, miné par l’absence de contrôle, la vétusté des embarcations, la corruption dans les services de transport fluvial et la faiblesse des sanctions.
La session qui s’ouvre doit aller au-delà des discours et exiger des comptes au gouverneur et au ministre provincial des Transports. L’Assemblée provinciale a l’occasion –et le devoir d’adopter des résolutions fortes pour imposer l’application immédiate des mesures présidentielles, notamment l’interdiction stricte des départs nocturnes et la suspension des commissaires incompétents.
Ce drame illustre une double défaillance :
Défaillance de l’État central, qui tarde à appliquer ses propres instructions.
- Défaillance des autorités provinciales, accusées de laxisme et de nominations clientélistes.
La sécurité des voies navigables doit devenir une priorité nationale, appuyée par des budgets, des contrôles permanents et des sanctions exemplaires. À défaut, les fleuves congolais continueront de se transformer en cimetières à ciel ouvert.
