Une répression meurtrière qui choque l’ONU. La crise politique s’intensifie à Madagascar. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, au moins 22 personnes ont été tuées et plus d’une centaine blessées lors des manifestations qui secouent le pays depuis le 25 septembre.
Dans un communiqué publié lundi 29 septembre, le Haut-Commissaire Volker Türk s’est dit « choqué par la réponse violente » des forces de l’ordre, accusées d’avoir fait usage de gaz lacrymogènes, de matraques, mais aussi de balles réelles.
« J’exhorte les autorités malgaches à mener des enquêtes rapides, indépendantes et transparentes et à traduire les responsables en justice », a-t-il déclaré. Des pillages et des violences sans lien direct avec les rassemblements ont également été signalés dans plusieurs villes.
Rajoelina renvoie son Premier ministre et ouvre la porte aux candidatures. Face à la colère populaire, le président Andry Rajoelina a annoncé, dans une allocution télévisée, la dissolution du gouvernement et le départ de son Premier ministre Christian Ntsay, en poste depuis 2018.
« Conformément à l’article 54 de la Constitution, j’ai décidé de mettre fin aux fonctions du Premier ministre et du gouvernement », a-t-il déclaré, précisant que l’équipe sortante assurerait l’intérim.
Le chef de l’État a lancé un appel inédit : « Tout Malgache compétent et désireux de servir le pays peut déposer son CV, au palais d’État ou par voie électronique, pour intégrer le prochain gouvernement », a-t-il ajouté, promettant une équipe « intègre et proche du peuple ».
La jeunesse en première ligne. À l’origine de la contestation, le collectif Génération Z mobilise depuis jeudi des milliers de jeunes contre les coupures d’eau et d’électricité, mais aussi pour dénoncer la corruption et réclamer la démission du président.
« Nous avons l’impression de mendier nos droits », témoigne Kasaina, 17 ans, étudiante à Antananarivo.
Dans une déclaration publique, le mouvement a présenté six revendications majeures, dont la démission du gouvernement, des excuses officielles pour la répression et la mise en place de mesures d’indemnisation pour les victimes des pillages.
Les manifestations, violemment dispersées à Antananarivo, Diego-Suarez, Antsirabé et Fianarantsoa, continuent malgré la répression.
Le cardinal Désiré Tsarahazana, archevêque de Toamasina, appelle de son côté à « un dialogue clair et une véritable volonté politique de servir le pays », dénonçant les inégalités et la corruption qui gangrènent la Grande Île.
