Dans un contexte politique déjà tendu, des manœuvres de plus en plus visibles du Ministre de l’Intérieur viennent entacher le bon fonctionnement des institutions provinciales. S’écartant de ses compétences légales, ce dernier semble vouloir dicter la conduite des Assemblées provinciales, en particulier celle de l’Équateur, s’immisçant dans un champ de compétences qui relève exclusivement du pouvoir législatif provincial et de la justice constitutionnelle.
Le cas de Mbandaka en est une illustration flagrante. Retour sur les faits : une interférence politique mal dissimulée. Ce mercredi 8 octobre 2025, trois députés provinciaux de l’Équateur, récemment réhabilités par la Cour Constitutionnelle après avoir été illégalement invalidés, ont quitté Mbandaka pour Kinshasa. Il s’agit de :
1. Jean-Paul Elekola, élu de Basankusu,
2. Louison Mubenga, élu de Mbandaka,
3. Willy Bokonga, élu de Lukolela.
Officiellement, leur déplacement fait suite à une invitation de la hiérarchie, dont les contours restent flous. Les raisons exactes de ce voyage précipité n’ont pas été communiquées, mais plusieurs sources évoquent des pressions politiques liées à la recomposition de l’Assemblée provinciale de l’Équateur.
En parallèle, le président de l’organe délibérant, l’honorable Delsy Mata Delsy, a regagné Mbandaka après une mission officielle à Kinshasa. Ce retour s’inscrit dans un climat marqué par des tentatives de manipulation du fonctionnement normal de l’Assemblée provinciale.
Un précédent dangereux pour l’État de droit. Historiquement, la décentralisation en RDC, consolidée par la Constitution de 2006, visait à rapprocher les institutions du citoyen et à renforcer l’autonomie des provinces. Le rôle du Ministre de l’Intérieur est, à cet égard, strictement administratif et sécuritaire : il n’a ni compétence pour intervenir dans les délibérations d’une Assemblée provinciale, ni pouvoir sur la désignation ou la destitution de ses membres.
Or, à l’Équateur comme dans d’autres provinces, on observe une volonté manifeste d’instrumentaliser les Assemblées provinciales à des fins politiques. Ces ingérences sapent les fondements mêmes de la démocratie représentative en province et constituent une violation du principe de la séparation des pouvoirs.
Appel à la vigilance et à la responsabilité. Il est urgent que les autorités compétentes – notamment la Présidence de la République et la Cour Constitutionnelle – prennent des mesures claires pour protéger l’autonomie des Assemblées provinciales contre toute dérive autoritaire et toute forme de chantage politique. Le peuple congolais a le droit d’être représenté par des élus légitimes, dans des institutions indépendantes, et non sous la coupe de ministères aux ambitions centralisatrices.
L’histoire nous enseigne que l’ingérence du pouvoir exécutif dans le fonctionnement du pouvoir législatif est toujours le prélude à une crise institutionnelle majeure. Il appartient à tous les acteurs politiques, juridiques et citoyens de se lever pour préserver l’intégrité de nos institutions locales.
