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Le Gouvernement Mobutu Et Le Redressement

Les cinq années qui se sont écoulées depuis le coup d’État du 24 novembre peuvent se caractériser par trois mots : stabilité, remise en ordre administrative, essor économique.

Lorsque le général Mobutu prend le pouvoir le 24 novembre 1965, le Congo sort à peine de la crise la plus terrible de son histoire. Une indépendance octroyée sans préparation à des élites politiques sans formation, grisée par un pouvoir dont ils ne mesuraient pas les limites, un pouvoir économique conservé par les intérêts privés de Bruxelles, des interventions internationales mal préparées par un personnel contestable devaient contribuer à l’instabilité, au développement des mouvements tribalistes, aux troubles et à la situation catastrophique qui a marqué les cinq premières années de l’indépendance congolaise.

Sur le plan ethno-politique, la loi fondamentale avait transformé les six provinces, jusqu’alors divisions purement administratives, en entités politiques autonomes avec assemblée élue et gouvernement. Le chef du groupe politique dominant nommait alors les fonctionnaires provinciaux. Cette mesure était d’autant plus grave que le Parlement et les Assemblées provinciales, en juin, décidaient de quintupler les indemnités prévues par la loi fondamentale. Un député congolais recevait 500.000 F alors qu’un député belge en recevait 300.000, cependant que les salaires moyens congolais étaient de 30.000 F et le revenu paysan de l’ordre de 5.000. Dès lors les politiciens devenant les hommes les plus riches et les plus puissants du Congo sont considérés comme une bande de profiteurs attachés à défendre leurs privilèges.

Par ailleurs, la scolarisation plus précoce de certaines ethnies fait prendre conscience des inégalités à l’intérieur du Congo notamment chez les Kongo, les Luba-Kasaï, les Bangala, les Kusu. L’ethnocentrisme politique marqué par les Balubakat, Unimo (Union des Mongo), Abako, faisait que sur 137 députés, 80 le furent dans leur district-ethnique. La rapidité de la décolonisation ne permit pas la formation d’une conscience nationale comme ce fut le cas dans la plupart des autres pays.

Il est remarquable de noter que l’ANC (Armée Nationale Congolaise) avec ses 29.000 hommes était le seul corps véritablement national où la fusion ethnique avait été le mieux réalisée alors qu’ailleurs les contraintes tribales demeuraient.

Dès le mois de décembre, le général Mobutu interdit l’activité des partis politiques durant cinq ans années, réduit les traitements des fonctionnaires et annonce la lutte contre la corruption et le trafic (de diamant et de devises) ; il  suspend le droit de grève et crée le CVR (Corps des Volontaires de la Révolution) qui constituera la base du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution) créé en mai 1967.

Se posant en successeur de Patrice Lumumba, il ramène le nombre des provinces de 21 à 12 (avril 1966) puis à 8 (décembre 1966). Ces huit nouvelles provinces correspondant aux six anciennes sauf le Kasaï divisé en occidental (Luluabourg) et oriental (Mbuji-Mayi) et la province de Léopoldville divisé en Kongo central (Matadi) et Bandundu. La ville de Kinshasa devient une entité séparée. Ces provinces sont ramenées au statut d’entités administratives. Les assemblées sont réduites au rôle d’organes consultatifs. Les gouverneurs ne sont plus élus, mais nommés par le pouvoir central qui adopte comme règle de nommer des originaires d’autres provinces. Les administrateurs de territoires sont également nommés et mutés par le pouvoir central.

Contre ses adversaires, Mobutu fait des exemples. Il sévit en mai 1966 contre les «conjurés de la Pentecôte» : Evariste Kimba, Jérôme Anany, Alexandre Mahamba, Emmanuel Bamba sont pendus publiquement le 2 juin 1966 devant 300.000 personnes. Pierre Mulele,  ancien chef de la rébellion du Kwilu, qui est revenu sur la foi d’une promesse d’amnistie, est fusillé le 8 octobre 1968. Après l’épilogue lamentable du dernier épisode des mercenaires du colonel Schramme (1967), on peut dire qu’à la fin de 1968, l’opposition, sauf chez les étudiants, a cessé d’exister.

Le 24 juin 1967, est promulguée la nouvelle Constitution établissant la IIè République du Congo avec un président élu au suffrage universel direct, étendu pour la première fois aux femmes. Un redressement économique spectaculaire est réalisé grâce à deux facteurs extérieurs : la hausse du cours de cuivre constante depuis 1965 (35.550 FB la tonne en janvier 1965, 84.440 FB la tonne en décembre 1969) et l’aide financière et technologique des États-Unis prévu par l’accord d’assistance du 6 janvier 1966 portant sur 600 millions de francs congolais, 210 experts et 29 techniciens administratifs. Grâce à ces deux éléments, Mobutu peut engager la bataille des nationalisations.

Robert Cornevin, Le Zaïre, Presses Universitaires de France, 1972, pp 100-102.